vendredi 18 septembre 2015

Le Grand Livre des faits divers : deux interviews

Sorti le 20 août dernier, mon dernier livre, Le Grand Livre des faits divers (éd. Hors Collection), commence à faire parler de lui. Ouest France et Le Télégramme m'ont consacré deux interviews à l'occasion de la première séance de dédicace, le 12 septembre, à Auray.






Conférence sur Werner Schroeter, à Lyon

J'ai eu le plaisir de faire au mois de mars une conférence sur le cinéaste allemand Werner Schroeter. C'était à Lyon, au Goethe Institut, dans le cadre du festival Ecrans Mixtes. Mon intervention était suivie par la projection d'un des grands films de Schroeter, La Mort de Maria Malibran (1971). La salle était comble, et très réceptive. Grâce à Philippe Grandjean qui a tout filmé, voici la captation de cette conférence. Qu'il en soit très sincèrement et chaleureusement remercié.


Découverte d'un long article sur L'Homosexualité au cinéma

J'ignorais l'existence de ce long et élogieux article de la revue Inverses paru lors de la sortie de mon livre sur L'Homosexualité au cinéma, en 2007. Merci à son auteur, Samuel Minne, de me l'avoir transmis.


Une belle saison de festivals

Saint-Etienne, Paris, Besançon, Lyon, Grenoble, Lille, Nice… La saison 2014-2015 des festivals LGBT fut riche et passionnante pour moi, avec de belles rencontres, des conférences bien accueillies et des découvertes de films à foison. 

Le jury du festival In&Out à Nice : Emilie Jouvet, Xavier Héraud, Dana Osi, moi. Et Benoît Arnulf, le directeur du festival. Photo : Xavier Héraud.
Le pic de cette "tournée" fut sûrement Nice en mai dernier, puisque je faisais partie du jury de ce In&Out aux côtés de la réalisatrice Emilie Jouvet, du journaliste de Yagg Xavier Héraud et de Dana Osi, la vice-présidente du Centre LGBT de Nice : nous y avons couronné notamment, au terme de dix jours intenses mais aussi formidablement joyeux et doux, Je suis Annemarie Schwarzenbach, de Véronique Aubouy (meilleur film), Vivant !, de Vincent Boujon (meilleur doculentaire) et Le Chanteur, de Rémi Lange (prix du jury). 
Ce moment fut également important pour moi car c'est à Nice, pendant le festival, que j'ai fêté mon anniversaire, au milieu de toute l'équipe. Ce fut un beau moment que Xavier Héraud a eu la gentillesse de raconter sur son blog, dans le journal quotidien qu'il a tenu de ces dix jours inoubliables.

http://xavier.yagg.com/author/xavier/

Quant à la tournée, elle reprend en ce mois de septembre à Orléans pour D'un bord à l'autre…

Tellement gay !, documentaire de Maxime Donzel

Avec Tellement gay !, Maxime Donzel réalise un épatant documentaire sur la culture LGBT hier et aujourd'hui, diffusé cet été sur Arte, et bientôt disponible en DVD. Entre nombreuses et formidables archives et témoignages très divers, un film riche, ludique et précis. Lady Bunny, Christophe Martet, Céline Sciamma, Didier Lestrade, Rosa von Praunheim, Dan Savage, Lea Delaria font partie des nombreux intervenants. Moi aussi, et je n'en suis pas peu fier.

Pour celles et ceux qui ont raté ces deux épisodes, ou qui veulent se rafraîchir la mémoire et en attendant le DVD, voici le teaser :

https://youtu.be/MjnLpToQIiM

L'amour des marges, chronique pour Hétéroclite (septembre 2015)

Les marges influencent le centre, les artistes en marge sont essentiels à la création… Illustration dans Feux croisés, ma chronique d'Hétéroclite ce mois-ci…

Bien sûr, il y a les super héros et les productions spectaculaires. Et parfois, souvent, s'y nichent des interrogations sur l'identité qui font un instant peut-être vaciller les certitudes des spectateurs innombrables. Et puis, aujourd'hui comme hier, il y a les marges, les œuvres fragiles, discrètes, singulières, peu vues lorsqu'elles apparaissent mais qui travaillent à long terme, et qui changent fondamentalement les regards bien au-delà de ceux des premiers curieux à les avoir découvertes. Les marges sont primordiales. C'est d'elles que viennent les changements, elles qui nous bousculent, d'elles que viennent les transformations qui, un jour, toucheront le centre : que ce soit celui de la société ou celui du cinéma. Kenneth Anger, à 90 ans, est la preuve vivante que les marges sont indispensables. C'est dans leur cadre qu'il élabora, en 1947, un chef-d'œuvre poétique et érotique qui marqua la naissance du cinéma underground et qu'il donna à celui-ci cette coloration gay qui le marqua à jamais. Le film s'appelait Fireworks, 14 minutes inouïes, impensables en ces temps puritains, et qui fascinent aujourd'hui encore. L'art inventif, sexy, stupéfiant (parfois ésotétique et déroutant) d'Anger — célébré à Lyon par le festival Ecrans Mixtes il y a trois ans — se trouve réuni désormais en un coffret DVD bourré de compléments aussi passionnants que les films. 
Les marges, le Français Joseph Morder connaît lui aussi. C'est là qu'il a entrepris depuis près de quarante ans une œuvre multiforme, dominée par un journal filmé au long cours, dont le mix de pudeur et de franchise a influencé ceux qui ont eu la chance de le voir, Rémi Lange en tête. Morder ne s'est que rarement essayé au long métrage de pure fiction. C'est ce qu'il fait avec La Duchesse de Varsovie, où, devant des décors peints stylisant un Paris intemporel et magnifié, deux secrets se rencontrent : celui d'un beau jeune homme triste (Andy Gillet), et celui de sa grand-mère (Alexandra Stewart). Il est gay et ne l'a jamais dit à sa famille. Elle est rescapée des camps de la mort et n'en a jamais parlé. La caméra sensible de Morder, habituée aux confidences, enregistre leurs silences, leurs paroles, leur confiance, leur tendresse comme aucun cinéaste de blockbuster ne saurait le faire. C'est dans les marges, décidément, que se joue l'essentiel…

Coffret DVD Kenneth Anger, éd. Potemkine.
La Duchesse de Varsovie, de Joseph Morder, éd. DVD : Epicentre Films.

Corsets, chronique pour Hétéroclite (juillet 2015)

Il faut regarder derrière les apparences… C'est ce qui ressort de cette livraison de Feux croisés, ma chronique culturelle mensuelle pour Hétéroclite.

Il y a les apparences. Il y a ce qui les ronge. Il y a ce qui semble immuable. Et il y a ce qui bouleverse tout. Il y a le lisse. Et ce qui donne du relief. Sarah Waters est peut-être celle qui sait le mieux tout cela, celle qui en joue, celle qui s'en joue, celle qui met en joue les conventions en donnant l'impression de les respecter. En cela, la jeune romancière britannique est la digne héritière d'un grand cinéaste américain fasciné par la britannité, James Ivory, comme elle irrésistiblement attiré par l'époque victorienne, son puritanisme, son corsetage des corps et des mœurs, et par tout ce qui pousse des hommes, des femmes, à tenter de s'en affranchir pour respirer, pour vivre, pour aimer. Comme Ivory, Waters use des formes les plus classiques pour raconter ces libérations qui sont autant de petites révolutions. Ses romans, Caresser le velours hier, Derrière la porte aujourd'hui, comme Maurice, le beau film qu'Ivory a, il y a près de trente ans, tiré du roman posthume de E.M. Forster, sont ainsi, de prime abord, d'admirables hommages presque mimétiques à la littérature, à l'art et aux représentations de cette fin du XIXè siècle/début du XXè, de cette société rigide et figée où le plaisir et le désir étaient réfrénés, empêchés, interdits. 
Et c'est ici que Waters, comme Ivory, chamboulent tout, reprenant les codes de cet art de la frustration que fut l'art victorien pour les pervertir via, justement, ces désirs et ces plaisirs réprimés, et qui tout d'un coup explosent aux yeux du monde, et tant pis s'il faut en payer le prix pour vivre sa vie. C'est ce que fait Maurice chez Ivory en se lançant à corps perdu dans sa passion pour un beau garde-chasse, là où d'autres protègent leur carrière et leur rang social en se claquemurant dans des mariages de façade. C'est ce que fait aussi Frances, l'héroïne de ce passionnant clin-d'œil aux feuilletons populaires d'antan qu'est Derrière la porte, en nouant une passion bouleversante avec sa jeune locataire, une femme (mal) mariée, et en l'accompagnant sans faillir dans cette liaison marquée par un crime. Les apparences, chez ces deux auteurs, sont trompeuses : derrière le classicisme absolu se cache la modernité…

Sarah Waters, Derrière la porte, éd. Denoël
Coffret DVD James Ivory, MK2 Edition.